«On est à maturité ! » C’est avec ces mots qu’a été célébré le 13 juin dernier l’anniversaire des 20 ans du Côtes du Rhône Villages Plan de Dieu. Une centaine de professionnels – vignerons, négociants, courtiers, œnologues, techniciens et élus – s’est réunie au Château Le Grand Retour pour marquer cet événement. L’un des négociants présents tenait à souligner l’ancrage du partenariat : « Nous ne sommes pas des opportunistes, nous avons des relations de longue date avec le Plan de Dieu. »
Une histoire enracinée
L’aventure de ce Côtes du Rhône Villages Avec Nom Géographique a officiellement commencé en 2005, après plusieurs années de démarches collectives. Le travail de fond avait été initié dès les années 1990, avec un dossier complet porté par Gérard Meffre, du Château La Courançonne, visant l’obtention de l’appellation Côtes du Rhône Villages Avec Nom Géographique. Ce travail s’est appuyé sur des études géologiques, historiques, agronomiques et économiques. Malgré des rebondissements, les efforts ont abouti grâce au soutien des maires des quatre communes concernées – Travaillan, Violès, Camaret et Jonquières.
Un terroir unique et vivant
Le vignoble de Plan de Dieu s’étend aujourd’hui sur 1 800 ha, dont 1 500 ha de vignes, le reste étant occupé par des bosquets, des chênes verts et de la garrigue, préservés pour favoriser la biodiversité.
Les vignerons y sont présents depuis l’Antiquité, comme l’attestent des documents d’archives. Au VIIe siècle, l’abbaye de Prébayon, située entre Gigondas, Sablet et Séguret, devient propriétaire de l’ensemble du Plan de Dieu. Les familles cédaient ces terres aux religieuses chartreusiennes comme dot d’entrée en religion. À l’époque, ces sols étaient jugés sans grande valeur. Les temps ont bien changé !
Le nom Plan de Dieu apparaît pour la première fois en 1326. Il signifie « plaine de Dieu », en référence aux voyageurs qui, traversant cette zone difficile, « remettaient leur âme à Dieu. »
Au XVIIe siècle, la vigne y était une culture secondaire, principalement destinée à une consommation locale. Elle s’y développe au XVIIIe siècle, jusqu’à être stoppée par le phylloxera vers 1870. La zone se transforme alors en pâturage, accueillant jusqu’à 2 000 moutons avant la Seconde Guerre mondiale. C’est Gabriel Meffre qui perçoit le potentiel du terroir dès les années 1970. Il relance la viticulture dans cette zone alors classée en Côtes du Rhône régional. En 1983, le secteur obtient le statut de Côtes du Rhône Villages Sans Nom Géographique. Le classement en Côtes du Rhône Villages Plan de Dieu interviendra en 2005.
Une reconnaissance portée par une identité forte
En 2005, le premier millésime de l’appellation représentait 3 000 hectolitres. Aujourd’hui, la production dépasse 40 000 hectolitres, tous commercialisés. Le syndicat de l’appellation a développé une bouteille syndicale armoriée, reconnaissable, avec l’aide de l’agence Terre Neuve. Résultat : 4 millions de bouteilles sont vendues chaque année sous cette identité. Alain Aubert, président de l’appellation, souligne : « C’est un succès extraordinaire. Dès le départ, nous avons vu le potentiel du Plan de Dieu. Nous avons tissé des liens solides avec les courtiers et les négociants. C’est ensemble que nous avons construit cette réussite. »
Isabelle Gibier